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Grand Raid de la Réunion - La diagonale des fous
Pascal Dubuis

 

Le résumé

Le réveil
Minuit, après deux petites heures d'un sommeil léger, il est déjà l'heure de se lever. Le petit déj' est rapide et sans fioritures, un thé et un peu de gâteau sport pris dans le lit : derniers instants de calme.
Minuit-trente, l'heure de réveiller Nico. Le départ est fixé à une heure du matin. Je récupère ma poche à eau préparée la veille au soir. Ca y est le sac est prêt. Dernières vérifications du matériel obligatoire.
Toute la troupe se retrouve auprès des voitures, les sourires fusent comme si ce départ à une heure du matin était anodin. Il ne manque plus qu'Yves pour partir. Tous réunis, c'est le départ pour Cap Méchant lieu du lancement du Grand Raid.
On croise les bus de l'organisation qui récupèrent dans chaque ville les coureurs. Pas moins de huit bus rien que pour la côte ouest.
Dans la voiture, le silence règne. Les filles font la conversation pour quatre comme lors de notre dernier repas où chacun de nous commençait à rentrer dans sa course. On sait que ce qui nous attend va être terrible et les quelques reconnaissances ont été là pour le confirmer. Plus que quelques minutes, et quelques virages avant d'arriver à Saint Philippe, quand la pluie se mit à tomber. C'est une pluie fine qui s'abat sur la route.

Cap Méchant
Nous voici enfin arrivé, la pluie et le vent n'ont fait que décupler. Nico et moi restons bien au chaud dans notre chère voiture en finissant de nous préparer. A une heure et demi du départ, on se décide à sortir, sans oublier de mettre nos sacs poubelle afin de protéger au maximum nos affaires. Avec cette pluie, dans quel état va-t-on retrouver les sentiers ?
On s'approche du point de contrôle des sacs. Il faut à nouveau faire la queue, posé le sac poubelle et présenter notre nécessaire obligatoire : frontale, pile de rechange, sifflet, couverture de survie, strappes, eau. Une fois ce contrôle passé, je me rend compte que j'ai perdu ma casquette, j'essaye de revenir sur mes pas pour la retrouver mais on m'empêche du fait que j'ai été enregistré. Cela commence vraiment mal. Je sors de l'abri de contrôle.
Tout le groupe est reconstitué, les coureurs dans le corridor et nos femmes derrières deux rangées de barrières. Du courage, elles en ont aussi. Voilà une heure qu'elles sont sous une pluie battante à trois heures du matin. Nath va me chercher une nouvelle casquette en attendant j'essaye de trouver, avec les autres, une petite place sous une tente de l'organisation. Plus que trois quart d'heure avant le départ. Nico s'est trouvé une place sur un banc.
Il est temps d'aller vers la ligne de départ. On s'extrait de la tente, je récupère ma casquette. Un dernier signe à Nath.
Plus de 2500 coureurs sont présents, composant le Grand Raid et le Semi-Raid. Sur la scène de l'organisation des artistes se relaient afin de mettre un peu d'ambiance et surtout de nous faire passer le temps. 3h55, cela fait plus de cinq minutes que j'essaye de faire marcher ce p….. de cardio. Il ne veut pas prendre mes puls.

Le départ
Chico, le directeur de l'organisation prend enfin la parole. Il nous annonce une report du départ d'environ 10 minutes du fait du retard de certains coureurs. Une légère colère se fait ressentir auprès des coureurs.
Certains en profitent pour monter sur la scène et font passer un petit message. La plupart nous font sourire : " Robert, je t'attend près de la ligne de départ ". Puis un message nous rappelle que le Grand Raid s'est pour beaucoup un défi personnel. Un homme, sur la scène nous parle du don d'organe. Il va faire le Grand Raid en étant transplanté. Notre performance devient rapidement ridicule.
Le moment arrive. Ca y est le cardio fonctionne, j'ai retrouvé mon cœur…Il faut y aller. Un dernier regard, une dernière tape dans la main et notre petit groupe prend le départ. J'allume ma frontale.
La foule est tellement dense que l'on peut à peine courir. On arrive à la route, cette fois s'est parti, je commence de courir. Nous sommes face à une longue ligne droite. Les premiers sont partis très vite. On est loin dans le peloton. J'essaye de rester au contact de Nico. Il faut se faufiler entre les concurrents.
Je passe à côté de Pascal " Tical " le réunionnais. Il court main dans la main avec sa femme. Cela fait vingt minutes que nous sommes partis, toujours la même route. On tourne enfin dans un chemin forestier un peu plus étroit. Les deux Bernard et Gilles sont là. Le chemin monte légèrement et ça bouchonne un peu. Je prends alors une allure de marche rapide. Prendre un départ tranquille, c'est le conseil que j'ai le plus entendu alors j'essaye de l'appliquer au mieux. De virages en virages j'ai perdu Nico, je crois l'avoir laissé derrière moi. Il pleut toujours. Les manches de mon coupe vent sont détrempées.
Le troisième Bernard me rattrape. Je décide de rester un peu avec lui. Dès que le chemin est un peu plus plat, il se met à trottiner. Je l'imite et me rends compte que cela fait du bien de courir. Je ne suis pas un très bon marcheur. On trottine de plus en plus, j'aperçois Nico qui est devant. Moi qui le pensais derrière. Je conserve ma stratégie de marche -courir. Le peloton s'est déjà bien étiré.
Voilà près de deux heures que l'on est parti. Pour le moment s'est vraiment facile. Les frontales s'éteignent les unes après les autres. 

Le premier ravitaillement
Au détour d'un virage, nous arrivons au premier pointage et ravito. Plus de deux cents coureurs sont entassés et bloquent le passage. On se fait poinçonner juste avant le ravito. Je demande à Nico s'il a besoin de quelque chose : " Non, on continue ".J'essaye de passer par le fossé mais je suis arrêté par un bénévole. Il y a un second point de contrôle à la sortie du ravito. Il faut donc à nouveau faire la queue.
Nico a aperçu Gilles et le grand Bernard devant nous. Jean pierre doit déjà être loin. Il a prévu de tourner en 30 heures. Puis arrive dans la queue le troisième Bernard que l'on a quitté un peu avant ainsi que Ti'Bernard et le Gilles D.. Ti'bernard nous avoueras à la fin qu'il a énormément peiné au départ du fait d'une folle envie de dormir. Bernard Barrel. passe enfin au pointage et repart.
" Dossard 86, ok ! ". Je m'extrait enfin après 16 minutes dans cette embouteillage. Tout le monde espère que les autres ravito ne seront pas identiques. Beaucoup s'arrêtent pour se changer une fois pointé. J'en profite pour poser mon cher sac poubelle et le range dans le sac. Nico arrive. On attaque un petit sentier. 

La montée au volcan
Ca commence à monter sévère dans les racines et les pierres. Nous voici enfin dans la montée du Volcan. Nico me dit : " Celle-là on se la fait tranquille ! ". On prend notre rythme. C'est pas une montée, c'est tout simplement des marches d'escalier. Les appuis sont très glissants. Pour doubler, il faut passer sur les côtés en accélérant sur deux trois mètres. Cette montée semble interminable.

Je rattrape Bernard B., qui en véritable alpiniste s'est doté de deux bâtons de bois. L'exactitude avec laquelle il pose chacun de ses bâtons et le contrôle de ses appuis est impressionnante. Il y a des années de travail derrière !!! Je me retourne vers Nico : " Bernard va nous la gérer facile cette course !! ", Nico confirme.
On monte en file indienne dans une forêt très dense. Les plantes sont vraiment spectaculaires. Pendant que certains font bouchon d'autres nous doublent avec une vitesse déconcertante. Ils sont presque tous réunionnais et on a l'impression qu'il sont partis pour un 10 km.
On sort enfin de la forêt. Le cardio m'indique 1200 m. Les nuages se sont dissipés. On aperçoit quelques petits bonhommes mais plus haut, beaucoup plus haut. Cette côte n'est donc pas terminée. Il faut garder le rythme. Nico est un peu plus loin derrière.
Beaucoup s'arrêtent sur les côtés du chemin pour s'étirer. Certains on déjà des crampes. Cela paraît invraisemblable après moins de 4 heures de course. D'autres s'arrêtent pour manger, des chips !!!! Les réunionnais et la diététique cela fait deux. Le sommet n'est plus très loin.
La pente commence enfin à s'adoucir. La végétation ressemble de plus en plus à notre garrigue. Deux heures et demi de montée incessante pour 1500 m de positif. La première difficulté est passée.

Foc-Foc, l'enclos du Volcan

Je reprends brièvement de courir. Je reçois une tape dans le dos, c'est Nico qui m'a rejoins. Le binôme est reformé, on part de plus belle. La vue sur l'océan et le volcan est vraiment grandiose et notre allure nous permet vraiment d'en profiter !!
Voici le ravito de Foc-Foc. Gilles et le Grand Bernard sont déjà entrain de se restaurer. Un verre d'eau pour enlever le goût du sucre dans la bouche et ça repart mais cette fois-ci à quatre.
On alterne à nouveau marche rapide et course à pied. Gilles est vraiment bien, j'ai un peu de mal à suivre le rythme qu'il impose. Je dois relancer plusieurs fois pour revenir.

On trouve de plus en plus de monde sur les bas-côtés du chemin. " Allez Bernard !, allez Nicolas, allez Gilles ! ". C'est vraiment super ces dossards avec les prénoms en gros. Pas un seul coureur n'est oublié, on est pourtant loin des premiers. Le bon esprit règne parmi le public. Le ravito du volcan n'est plus très loin. C'est un moment important, revoir Nathalie, premier temps de passage, pouvoir se changer, se faire masser. Gilles a pris un peu d'avance sur nous. 

Le volcan
J'aperçois Benjamin, le fils du Grand Bernard, puis Chantal et Dominique. Nath est un peu plus loin, caméscope en main. Pointage du dossard. Gilles s'est déjà trouvé une des rares chaises. Je prends une petite soupe de pâtes. Ce goût de salé dans la bouche me fait vraiment du bien.
Les filles nous ont trouvé un carton pour que l'on puisse se poser par terre. Elles aussi, elles commencent à avoir de l'expérience.

Nico est déjà assis , je demande à Nath si elle peut me masser les mollets. Je renverse mon restant de soupe sur le carton : du grand Pascal, " comme d'ab " dirons certains. Un peu de crème Nok sur les pieds, chaussettes propres et je renfile les chaussures.
" Les autres sont partis ? ", demande Nico. Les filles nous répondent que non. L'arrêt aura été assez court, 10 minutes grand maximum après 6h30 de course. Nico et moi repartons avec pour objectif de revoir les filles à Mare à Boue. Direction la plaine des sables.

C'est de nouveau une file indienne qui se trace devant nous, mais celle-ci est de plus en plus éparse. Arrêt pose photo. Nico veut que l'on court, j'ai un peu de mal à suivre et j'essaye de contenir mon écart. Je commence à avoir mal à la tête. Devant nous se plante la montée vers l'oratoire Sainte Thérèse.

L'oratoire Sainte Thérèse
Une falaise sans chemin apparent. Sur le chemin, un panneau " 35 GR ". Il fallait comprendre 35ème km du Grand Raid. Plus que 100 km !!!
Dans la montée vers l'oratoire, Nico rattrape un petit groupe qui ralentit un peu son allure et me permet de revenir à sa hauteur. Cette petite montée se passe sans trop de problème. Peu de temps après, on attaque la descente vers le piton Textor. Le GR que l'on empreinte coupe en plusieurs fois la route du Volcan. Avec un peu de chance, on verra peut-être les filles. Je me cale dans la foulée de Nico. " On est pas mal ! ", comme dirait Ti'Bernard.
A une des intersections avec la RN3, on rencontre les femmes des deux Bernard et de Gilles. Elles ont juste le temps de nous apprendre que nos femmes sont en panne de voiture. Elles sont bloquées au Volcan en raison d'une batterie défectueuse. C'est donc Chantal et Dominique qui ont récupéré nos affaires pour Mare à Boue.
La descente se poursuit, un peu pénible mais pas trop technique. Il faut rester concentrés, c'est tellement facile de se faire une cheville. On rattrape Gilles L. qui s'est fait lâché par le Grand Bernard. Nous qui pensions qu'ils étaient derrière ! La descente continue sur le même rythme, ce qui nous permet de gagner quelques places. Le paysage volcanique commence à disparaître pour laisser place à une verdure envahissante.
Un gars nous double comme un malade. C'est Ti'Bernard qui vient de nous rejoindre. Son coup de pompe du départ semble avoir disparu. Il nous manque plus que le Grand Bernard et notre quintette sera au complet.
Les chemins, toujours aussi étroits ressemblent de plus en plus à ceux de nos entraînements dans la chaîne des Puys. C'est peut-être bête mais je me sens plus facile, malgré ce mal de tête qui perdure. Un des gars fera même une allusion aux sentiers du Sancy. Hormis les champs remplis d'arômes, on se croiraient vraiment dans notre campagne mais à 11 000 km. Ca bouchonne un peu près des passages d'échaliers. J'en profite pour marcher quelques pas avant chaque franchissement.
Un peu plus loin c'est le Grand Bernard qui nous attend sur le côté du chemin. On repart tous ensemble après avoir fait le début de la course chacun à son rythme. Le mal de tête se fait de plus en plus présent. Nico et moi n'arrivons pas à suivre l'allure imposé par les trois autres. Les jambes vont bien mais la tête n'est pas au mieux, une certaine lassitude s'installe.
On commence à voir des accompagnateurs, le ravito de Mare à Boue ne doit pas être loin.

Mare à Boue
On quitte notre route bétonnée pour un petit chemin qui descend et à deux cents mètres les tentes de l'organisation. On retrouve un peu plus loin Chantal et Dominique. Elles ont l'air plutôt paniquées. Mon sac est bien là, mais celui de Nico est dans une autre voiture qui ne devrait pas tarder.
Elles nous demandent où sont passés leurs hommes. On réplique qu'elles viennent de les louper, ils avaient quelques minutes d'avances sur nous. En fait nous ne sommes pas encore à Mare à Boue mais à 2 km du ravito principal. Les gars sont partis directement au ravito chaud.
Je change de chaussettes, remet un peu de nok. Pour le moment les pied vont bien, pas une seule ampoule. Je cherche mon coupe vent dans le sac mais ne le trouve pas . Chantal m'indique, d'un air désolé, qu'elle l'a laissé sur la plage arrière de la voiture pour le faire sécher. La voiture est à 1 km, elle veut aller le chercher. Je lui dit que ce n'est pas la peine malgré le risque qu'il me fera faute pour la nuit. Dominique me tend le Jantex de Gilles, elle en a un deuxième pour lui.
Benjamin a apporté le sac à dos de 65l de Nico. Il ne rigole pas avec l'assistance. Il doit y avoir des affaires pour une semaine complète dans son sac. Il va lui falloir un camion complet pour Transmassif, je plains ceux qui vont faire l'assistance !!!!
On repart en marchant. Notre moral n'est pas au mieux. Le fait de ne pas avoir vu nos femmes y est certainement pour beaucoup. Notre prochain rendez-vous est fixé le lendemain matin à Grand Ilet. Dominique et les deux Chantal cherchent à retrouver leur maris, sachant que c'était pour elles le dernier endroit avant l'arrivée où elles allaient les voir.
On reprend la route avec notre petite allure quand Gilles D. nous dépasse. Il est vraiment bien et préfère continuer son chemin vers le ravito chaud plutôt que de rester avec deux loques.
Enfin les tentes de Mare à Boue. Les gars sont installés en train de manger un morceau. Au menu poulet grillé et pâtes. Je me contente à nouveau d'un verre de soupe. L'endroit porte bien son nom. Pour atteindre les tables de ravitaillement, il faut marcher sur des palettes. Le sol est plutôt boueux.
On décide de ne pas trop s'attarder ici, on repart avec Gilles et Ti'bernard. J'apprendrai un peu plus tard que les baskets du Grand Bernard non pas tenu (une fois de plus !) et plus particulièrement ses semelles. Gilles a contacté sa femme pour qu'elle apporte l'autre paire de chaussure à Bernard.
En partant on passe par un point de vérification du matériel. On doit présenter la couverture de survie, sifflet et frontale. A cet instant je me rend compte que j'ai oublié de prendre ma frontale pour la nuit. Je vais devoir faire avec la petite Tikka, la galère continue…

Vers coteau Maigre

Direction coteau Maigre puis coteau Kervéguen avec un objectif bien précis : faire la descente de Kervéguen de jour. Gilles s'est positionné en tête et nous emmène d'un bon train. Le temps est plutôt humide. Je mets le coupe vent de Gilles, lui est en manche courte avec son sac poubelle à la main. Je me sens coupable d'avoir son coupe vent, il va falloir que je lui rende à Cilaos.

Cette partie de la course a été pour moi un véritable calvaire. Le mal de tête est toujours aussi présent et si mes jambes sont biens je n'avance pas. Je suis en dernière position de notre petit groupe de quatre et peine vraiment à rester avec eux. La montée est constante, certes moins pénible que celle du volcan, mais la boue, les pierres et les rondins de bois déposés par terre la rende tout aussi éprouvante. Je crois que je n'ai jamais monté pendant autant de temps de toute ma vie.
Pas un mot ne sort de nos bouches. Seuls les réunionnais se font entendre. Ils donnent de la voix en créole et en plus ils montent vite, désespérant… 

Je n'ai aucune idée du temps qu'il nous reste pour arriver à Kervéguen. Gilles est impressionnant, presque énervant du fait de sa constance dans cette montée. Les heures passent, les virages aussi mais on en voit toujours pas le bout. Nico est juste devant moi. Je le vois appuyé sa main contre l'arrière de sa cuisse droite. Sa contracture serait elle entrain de se réveiller ? Le Grand Bernard fini par nous rattraper après son arrêt au stand pour changer de gommes.
Première tendinite
Le mal de tête a disparu petit à petit quand je commence à ressentir une douleur au pied droit, tendinite ? Il ne fait plus très chaud et les nuages apparaissent. Gilles est toujours en manche courte. On descend un peu . Je me rend compte que l'on est sur une crête, un mètre à droite, le vide, un mètre à gauche, le vide. Le chemin est étroit. Il faut descendre de petites échelles peu pratique, j'arrive à peine à atteindre les barreaux tellement ils sont espacés. Il faut se laisser glisser, quelque peu dangereux, la faute ne pardonne pas, mais c'est tellement splendide.
Il n'y a pas de relâchement, ça klaxonne derrière. L'échelle suivante, je loupe un barreaux, glisse et me tape la cuisse contre le barreau. Le réunionnais qui est derrière moi me dit de faire attention, il n'y a pas que les rochers qui glissent. En fin du moins c'est ce que j'ai traduis de son créole. Ce petit passage technique m'a permis de me redonner un peu d'enthousiasme.

La descente de Kervéguen
Nous voici enfin à Kervéguen. Je passe devant pour faire la descente, Nico est juste derrière. Les trois autres, un peu distancés, mais à leur voix ne semble pas très loin derrière. On descend à travers la forêt et c'est pour le moins vertigineux. On fait cinq mètres, un virage.
Le travail des cuisses est impressionnant. Il faut faire attention aux racines. Le chemin est plutôt étroit, vingt à trente centimètres. Heureusement il y a bien quelques arbustes qui pourraient nous rattraper. On arrive à doubler quelques concurrents ou plutôt ils se rangent pour nous laisser passer. Au bout d'une demi heure on commence à voir en contrebas, la végétation étant moins importante.
Je me retrouve derrière une file de coureur. Le réunionnais qui venait de me doubler me fait comprendre qu'il faut prendre son mal en patience et attendre bien gentiment la fin de la descente. Mon genou droit se bloque à chaque marche. Le pied de la même jambe me fait toujours aussi mal. Une fois en bas on ne sera pas encore à Cilaos mais à quatre kilomètres.
Lors de la descente, on passe devant une plaque commémorative déposée par l'organisation en mémoire du coureur décédé d'une crise cardiaque l'an dernier dans cette descente. Petit moment d'émotion et surtout de rappel à l'ordre.
On va finalement mettre 55 minutes pour descendre. On est loin des dix, douze minutes nécessaire à descendre le Puy de Dôme. Les meilleurs ne passent que vingt minutes dans ce passage. Ils courent du début à la fin, sautent les échelles… Un autre monde.
On apprendra le lendemain de la course qu'une fille, bloquée par la pente, le passage de nuit et les échelles mettra trois heures pour descendre, bloquant ainsi des centaines de concurrents. Certains tomberont même en panne de frontale.
Mais revenons à notre course. On arrive à un petit ravito, pointage, verre d'eau et on repart. Je commence à bien sentir mes cuisses, elle vaut bien toutes les séance de VMA de Georges, cette descente !! 
Nous voici de nouveau à cinq. L'hélicoptère du PGHM fait son apparition au dessus de nos têtes et prend la direction de la descente de Kervéguen. Gilles D., nous apprendra qu'il est venu hélitreuiller une personne ayant un problème cardiaque. Cilaos est proche, une petite ravine à descendre, puis à remonter (environ 200 m de positif) et nous serons seulement à la moitié du parcours.
On marche tranquillement tous les cinq, les langues se délient un peu, surtout les deux Bernard. Arrivé en bas de la ravine il faut traverser un cours d'eau puis tout remonter. Moins d'un kilomètre du ravitaillement. Mon pied me fait de plus en plus mal, une petite visite vers les kinés semble impérative.
Nico me dit qu'il serait content si nos femmes avaient pris la décision, de venir à Cilaos, nous voir. Je lui répond qu'il y a vraiment peu d'espoir…

La moitié, Cilaos
La première partie du contrat est remplie, arrivée de jour à Cilaos. Par contre pour ce qui est d'arriver frais à la moitié, seule recommandation de l'organisation, c'est loupé. Continuer et en faire autant paraît invraisemblable.
Après le pointage, on décide d'aller manger avec les autres après avoir récupéré nos sacs, laissés le matin à l'organisation. Dans le sac, je trouve le reste des affaires pour la nuit. Tous les sacs sont entreposés dans une salle. On donne notre numéro de dossard et le descriptif du sac et de charmantes jeunes filles vous le cherchent. Certains sacs semblent être plus dure à trouver que d'autres, Nico pourrait vous le confirmer.
Je me dirige vers le repas. On croise Jean-Pierre qui fini sa pause après avoir mangé et s'être fait massé. Le menu de ce soir, poulet grillé et pâtes, ça change !! Le bénévole qui sert nous remonte un peu le moral et nous assure que l'on sera demain dans l'après midi à l'arrivée.
Je vais rejoindre les autres à table. Nico touchera à peine à son repas et prends la direction du kiné pour soigner sa cuisse. Les autres vont aller prendre une bonne douche bien froide avant de se faire masser.
Je prends la suite de Nico sur la table de la kiné. Je lui explique mon problème au pied, elle me quitte pour aller demander conseil. A son retour elle me confirme une tendinite. Elle me masse et me fait un strappe en m'avertissant que son effet sera limité.
Les quatre autres sont prêt à partir et n'attendent plus que moi pour partir. La kiné, ayant compris, limite la séance d'assouplissements. Ce qui n'est pas un mal vu ma souplesse légendaire. Descendu de la table, je renfile chaussettes, baskets, attrape ma frontale, deux carrés de chocolat et nous voici reparti. Pointage en sorti du ravitaillement, on a perdu semble-t-il une vingtaine de place. Il faut avouer que l'on ne pensait pas rester 1h20 à Cilaos.
La nuit est tombée
Maintenant on part vraiment dans l'inconnue, la nuit. Ayant repéré dans la semaine précédente cette partie du terrain, je prends la tête de notre petit groupe. ¾ d'heure de descente avant d'attaquer le Taïbit, un des monstres du parcours. La descente se passe sans souci. Je suis juste obligé de poser trois des quatre couches que je portais sur le dos.
La descente est ponctuée par quelques bruit flatulent provenant de Ti'Bernard. En fait c'est toute notre nuit qui fut embaumée. On vient de faire 250 m de négatif pour atteindre la cascade de Bras rouge. Là des sauveteurs on fait un feu pour se réchauffer. Ils vont passer toute la nuit près de la rivière.
Maintenant direction le sommet du Taïbit. Je reste en tête du groupe. On se sent plus facile quand on est devant. Peut être un peu trop, certains ronchonnent à l'arrière de mon allure. Le Taïbit c'est près de quatre fois la montée du Puy de Dôme.
On commence à doubler un peu de monde. Beaucoup de coureurs sont seuls, le moral ne doit pas être au mieux pour eux. Mauvaise surprise on redescend à nouveau.
Les deux Bernard ronchonnent à nouveau à cause du parcours. Quand ils l'on fait en 2000, ils avaient pris la route en sortant de Cilaos. On voit au loin et beaucoup plus haut une petite lumière, certainement le ravito proche de la route. Le chemin est parfois très étroit, de la rubalise a été placée pour indiquer les éboulements. Après avoir passé une petite rivière et cherché un peu notre chemin, on retrouve la montée et les lumières se rapprochent. On commence à entendre le bruit des groupes électrogènes.

Début du sentier du Taïbit
Le ravito et le chemin du Taïbit sont là. Il y a une bonne trentaine de coureurs. La plupart en profitent pour faire une pose. Je prends un thé et une orange, histoire de me booster un peu pour la nuit. Nico est assis par terre, je vais le rejoindre. C'est pas la grosse forme. Gilles aussi ne semble pas être au mieux. Quand à Ti'Bernard, il est gonflé à bloc.
Gilles est désigné pour ouvrir le chemin. On reprend notre rythme et notre file indienne. Je ne sais pas à quoi ressemble de jour ce chemin, mais avec le mètre carré éclairé par ma frontale ça monte vraiment. De plus en plus de concurrents s'arrêtent sur les côtés et dorment. J'ai vraiment de la chance d'être avec les quatre autres sinon je pense que je serai moi aussi dans ma couverture de survie.
Gilles décide de faire une petite pose, on s'installe dans un virage. J'en profite pour faire une photo du Grand Bernard, le marchand de sable est passé…Ti'Bernard se relève : " Allez les gars, on y va ! ". Le Grand Bernard ronchonne un peu, il s'était mis la tête entre les mains pour dormir.
Nico passe devant avant de se faire rappeler à l'ordre quelques minutes plus tard. Même blessé, il nous a posé une mine dans la montée. Finalement tout rentre dans l'ordre. La douleur à mon genou gauche se fait de plus en plus ressentir, après la jambe droite…

Le col du Taïbit, descente vers Marla
Près de cinq heures après notre départ de Cilaos nous atteignons le sommet du Taïbit. Une fois en haut on redescend de suite, c'est une crête de deux mètres de large.
Ti'Bernard nous annonce vingt minutes pour rejoindre Marla à 1,2 kilomètre. Je me retrouve à nouveau devant le groupe dans cette descente. Plus bas, on aperçoit des petites lumières et on entend des tambours. Mes deux genoux me font mal. Le droit se bloque et le gauche me procure une douleur quand je le plie.
Même en étant devant, j'ai le moral à plat, je galère trop. Il me semble que les vingt minutes sont largement passées et les lumières toujours aussi petites. Ti'Bernard a fait une erreur de pronostiques. Les bruits des tambours se font de plus en plus présent.
Ti'Bernard passe à côté de moi et nous dit : " Là, vous allez voir des spécimens , à Marla. ". On vient de rentrer dans le cirque de Mafate, endroit uniquement ravitaillé par hélicoptère, il n'y a aucune route pour y accéder. Quelques centaines de mètres avant le village, une forte odeur se répand. Ca sent le zamal à un kilomètre. On se regarde, Ti'Bernard avait raison.

Marla
Mon genou gauche me fait super mal. Je vais tout de suite voir le docteur qui se trouve dans une petite maison à l'entrée de Marla. Son fils, je pense, me demande si je veux un verre de coca ou de soupe. Je ne change pas et lui demande un verre de soupe.
Le docteur est déjà occupé avec un gars qui a des problèmes digestifs, conclusion repos pour lui. Mais il n'est pas seul, trois brancards sont déjà utilisés. Il y a un coureur en face de moi qui regarde dans ma direction et je ne suis pas sûr qu'il me voit vraiment.
Le médecin vient me voir, je lui montre l'endroit où j'ai mal. Son verdict est simple et sans appel, deuxième tendinite. Il me demande si j'ai de la pommade anti-inflammatoire. N'ayant pas de pommade, il plonge sa main dans un pot et la ressort pleine de gel qu'il me passe sur mon genou. Son fils m'apporte une soupe bien chaude.
Le docteur me dit qu'un strappe ne fera rien et qu'il faut que j'aille voire les kinés en arrivant à Grand Ilet. Il me propose de me passer un peu de bombe de froid. Je suis le cinquantième qui vient le voir pour une tendinite au genou.
Coup de pompe
J'avale une gorgée de soupe. Je sens rapidement que cela ne vas pas. J'ai des sueurs, mal au ventre, envie de vomir. Il faut que je sorte vite, sinon il va me garder. Je le remercie et me dirige vers la porte. Deux filles bloquent le passage. Je m'excuse et arrive à sortir. Je ne suis vraiment pas bien, je sens que je titube. Des gouttes se sueurs coulent sur mon front. Je ne sais pas où sont les autres. Enfin ils sont là, assis sur un banc. Je vais vite m'asseoir et tombe ma tête dans mes mains.
Nico voit que cela ne va pas et me dit que je ferai mieux de rester ici pour me reposer. Dans ma tête, pas question de rester ici. Je sais très bien que c'est eux qui m'ont emmené ici et tout seul cela sera beaucoup plus dure. Je demande à Nico s'il peut m'apporter un verre d'eau, puis ensuite des petits gâteaux. J'avale mes deux gâteaux, relace mes chaussure et nous voici sur le départ. Je me sens un peu mieux, mais j'ai froid.
Un des bénévole nous indique que l'on part du mauvais côté. Notre petit groupe reprend le bon chemin empruntant une allure que j'ai du mal à suivre au début.

La nuit dans le cirque de Mafate
On se dirige vers La Nouvelle à cinq ou six kilomètres. Malgré notre lenteur apparente, on double encore du monde. Le chemin est sinueux et on n'en finit pas de monter et descendre dans les ravines. Les rares arrêts demandés par Gilles sont les bienvenus pour tout le monde.
Le schéma de ces arrêts est classique, Gilles commence par " Pause ! ". tout le monde s'assoit, le Grand Bernard tombe dans les bras de Morphée et à peine deux minutes passe que Ti'Bernard s'exclame : " Bon les gars, on y va !! "
Une des rares paroles de Nico lors d'un de ces arrêts fut : " Je suis un zombie, il faut marcher, je marche… ".
Cette nuit était parfaitement étoilée, pas un nuage, pas de pollution. Malgré une lune noire, le spectacle qui nous était offert était vraiment grandiose. Cette nuit avec ces quatre bonhommes fut vraiment magique et en partie révélatrice de notre résultat final. 

La nouvelle
On arrive enfin à La Nouvelle. Le ravito est plutôt maigre. Si tout se passe bien dans la montée du col de Fourches, on devrait être au petit matin à Grand Ilet. Ce col est un gros morceau avec une pente finale à 50% : ça existe ?? Mon genou gauche ne va pas mieux, la pommade du docteur est inefficace. Malgré cela je me sens mieux et reprend la tête.
Nico tire de plus en plus la patte. Le terrain est de plus en plus humide et le sol jonché de rondins de bois. Petit à petit le chemin est exclusivement recouvert de ces rondins de bois détrempés. Des appuis difficiles, ajoutés à la nuit et à la fatigue, c'est le top.

Le col de Fourches
On a quelques portions où l'on peut trottiner un peu. La pente se fait de plus en plus forte. C'est tout simplement des marches qu'ils nous faut monter avec les mains au sol pour s'agripper.
Sous un rocher, deux gars sont là, l'un contre l'autre entrain de dormir dans leur couverture de survie.
On arrive en haut du col de Fourche. Un homme et une femme viennent d'arriver en haut par l'autre côté en courant. Il doit être trois ou quatre heure du mat', ils sont vraiment malades ici.
On attaque la descente, Nico est passé devant. Le Grand Bernard nous a promi une route forestière un peu plus loin. Encore onze kilomètres jusqu'à Grand Ilet. Le chemin est assez facile, on peut courir sans trop de problème, hormis quelques marches où l'on est obligé de s'asseoir.
On arrive à un petit ravito. Gilles et Bernard trouvent une chaise et commencent leur nuit. Nico n'a pas chaud. Après s'être restauré, on décide, Nico et moi de repartir doucement pendant que les trois autres attendent un café chaud.
Nico se plaint du froid, je lui passe mes gants et mon cache oreille. Peu de temps après, poussé par Ti'Bernard, les trois autres reviennent sur nous.

La route forestière
On arrive enfin sur la route forestière et de nouveau à cinq. On a pris un bon rythme. Avec cette route très large, j'essaye de soigner mes trajectoires pour couper au mieux les virages. Malgré les quelques lueurs de maisons, cette route me paraît interminable. Je ne suis pas le seul dans ce cas, semble t-il. Gilles et Ti'Bernard, ont pris un peu d'avance.
Le Grand Bernard s'arrête sur chaque banc qu'il trouve pour piquer un petit somme. Je dois avouer qu'il ne m'en faudrait pas beaucoup pour l'imiter. Deux minutes après, il nous rattrape et recommence au banc suivant.
Nico m'annonce qu'il veut s'arrêter un bon moment à Grand Ilet pour se faire masser et peut-être dormir. Qu'est ce qu'il ne m'a pas dit. Dormir une demi-heure, dans un sac de couchage, au chaud, poser le sac…. Je n'attend plus que ça. Quelques virages plus loin, Nico m'annonce qu'il veut essayer de dormir sur mon épaule. Plus précisément, il pose sa main sur mon épaule, il dort et je marche. Malheureusement pour lui, l'histoire tournera court, perdant son sens de l'orientation. Il doit vraiment être mal pour en arriver là.
Ma frontale commence à vaciller, heureusement les premières lueurs du jour font leur apparition. On devrait être à Grand Ilet vers six heures. On quitte enfin la route forestière, plus qu'un kilomètre avant le ravitaillement. J'ai repris un peu la pêche, mon envie de dormir s'est estompée.

Grand Ilet, la fatigue
Les tentes de l'organisation sont là ainsi que nos femmes. On va au pointage où l'on nous signale qu'il faut repasser ici avant de repartir. Je me dirige directement vers les kiné, Nico fait de même.
Et là, bien tranquillement, couché sur une table de massage, Jean-Pierre. Son avance a vraiment fondue et il préfère nous attendre pour continuer. J'attend la kiné qui dort. J'en profite pour me laver un peu les jambes avant les massages. Je passe dans la salle des podologues et me dis que j'ai beaucoup de chances de ne pas avoir la moindre ampoule. Il y a des gars qui n'ont même plus de peau sous les pieds. Certains ont tous les orteils bandés.
A mon retour Nico est dans les bras de Florence. Il est tout blanc, les yeux dans le vide. Tout se passe alors très vite. Sa tête part en arrière, il est inconscient. Florence s'en rend compte de suite et appel un docteur. Les kinés présents allongent Nico sur une table, les jambes relevées pour la circulation. Il commence à reprendre connaissance ainsi que quelques couleurs. La doc. demande son pouls, je regarde son cardio qui indique 69 puls. Tout est ok.
La doc. continue son examen pendant que je me fais soigner ma tendinite au genou. Lorsque je ressors des massages, je demande à Nathalie où est passé Nico. Il se repose dans la salle voisine.
Je change mes chaussettes, remet un peu de nok. Je vais voir Nico pour savoir s'il veut que je l'attende. Dans la salle du docteur, ils doivent être quatre ou cinq allongés sur un lit de camp. Je vois Nico allongé au fond, il n'y a que la tête qui dépasse des couvertures. Il me dit que je peux partir.
Après cinq minutes à chercher les autres, je les retrouve sur le point de partir. Je vais me faire pointer. Un dernier au revoir à Nath avant l'arrivée. Maintenant sans bêtises, c'est gagné, plus que trente kilomètres.

La Roche Ecrite
Il est 7h00, arriver en 35 h00 va être dur. On repart donc à cinq mais avec un changement de joueur. La Roche Ecrite, notre dernier défi et pas le moindre. C'est une falaise qui se dresse devant nous. On ne voit pas le moindre chemin. La pente moyenne est de 32 % et on part pour deux heures de grimpettes, environ trois fois le Puy de Dôme , 1 000 mètres de positif. On se fait une petite photo au bas du chemin.
Le Grand Bernard n'est pas bien, toujours cette envie de dormir. Gilles prend la décision de rester derrière lui pendant la montée. Jean-Pierre, en alpiniste, ouvre la voie. On monte facile ou plutôt on grimpe facile.
Afin de soulager mon genou gauche, je force exclusivement sur la cuisse droite. Une fois de plus on se fait doubler par des réunionnais. Cela fait une demi heure que l'on grimpe à une allure constante.
On fait une petite pose pour profiter du paysage tout simplement grandiose. La végétation hors norme, les nuages qui flirtent sur le sommets. Le Grand Bernard a vraiment une sale tête, les gars le poussent un peu. Pendant la montée deux filles nous poserons une mine.
Des mains courantes sont fixées aux rochers pour nous sécuriser. Ti'Bernard nous annonce que le sommet n'est plus très loin. Un autre moment d'émotion au passage de la seconde plaque commémorative déposé par l'organisation. C'est un hollandais, spécialiste des courses d'ultra, qui a fait une chute mortelle près du sommet.

Plateau de la Roche Ecrite
Je regarde à deux trois moments mon cardio parce que j'ai l'impression de peiner. Celui-ci m'indique 130 puls. Plutôt bien. Nous voici enfin au sommet. On a perdu depuis un bon moment la trace de Gilles et Grand Bernard.
Nous sommes contraint de remplir nos camel après ces deux heures d'efforts. Le prochain ravito n'a pas pu être ravitaillé par les hélicoptères. Il faudra donc faire huit kilomètres avant d'avoir une goutte d'eau et ici huit kilomètres c'est quelques heures.
On se prend en photo avec Ti'Bernard près du panneau de la roche Ecrite. Les jambes vont bien mais la tête n'est pas au beau fixe. J'ai mal au ventre. J'ai oublié de faire un détour au toilettes à Grand Ilet. Gilles et le Grand Bernard arrivant, il va falloir que je patiente encore un peu.
Ti'Bernard est toujours à fond et annonce que maintenant il faut alterner course et marche rapide. Si tout se passe bien on sera dans 6h30 au stade de La Redoute. Je n'aie vraiment pas envie de courir. On repart tranquillement sur ce chemin de lave. Une petite descente s'annonce, le Grand Bernard ouvre les hostilités. Lui qui était si mal il y a encore quelques minutes, il se met à courir. Tout le groupe le copie.
J'essaye de me tenir à ses côtés et me rend compte, qu'hormis mes petits bobos, mes sensations sont bonnes. Mon cardio le confirme 130 puls. Le prochain ravito est à trois kilomètres., je décide de continuer de courir.

Gîte des Chicots, le moral…
Lors de ces trois kilomètres, beaucoup de choses se passent dans ma tête. Je sais qu'il n'y a plus de grosses difficultés, mon envie de dormir est passée, je double plein de monde qui marche. Cependant il me reste plus de 25 kilomètres et surtout je suis ici grâce aux autres.
Finir sans eux, après tout ces heures de galères ensemble ??? Je ne cours que sur les portions relativement plates, mon genou et mon pied me faisant encore mal. Je trouve une position économique en soulevant le moins possible mes pieds évitant ainsi un maximum de chocs. Je bute assez souvent les pieds dans les rochers et les racines. J'ai l'impression de commencer un entraînement au Puy de Dôme, tellement je me sens bien.
Le ravito est là, pas d'eau, mais un quartier d'orange. Une des bénévole me demande si ça va. Elle a l'air inquiète. Elle a beaucoup de mal à me croire et insiste. Je lui explique que je suis un métro qui n'a pas pris le temps de bronzer avant la course. La voici un peu rassurée. Effectivement, comparé aux autres coureurs je suis plutôt blanc.
Les autres ne sont toujours pas là, j'hésite à repartir sans les voir. Quelques minutes après je décide de reprendre le chemin. Les voici qui arrivent. Je fais demi tour. Un bénévole m'indique que je ne vais pas dans le bon sens. Je lui explique que des amis arrivent et que je vais les voir. Il me répond : " Vous avez encore des amis dans cette course ? ". Etonné, je lui dit : " Mais bien sur ! ".
Ti'Bernard arrive à moi. Je lui dit que je me sens bien et que j'aimerai partir devant. " Ok, pas de problème, si tu te sens bien, vas-y ". Jean-Pierre n'est plus avec eux, petits problèmes de digestion.
Je repars donc seul, le moral gonflé à bloc et mal aux jambes. Il me reste maintenant 23 kilomètres et un prochain ravito dans cinq kilomètres. Le chemin n'est qu'une succession de descentes dans les racines, portions plates et montées de marches. Je cours sur les portions plates, monte en rythme les côtes en utilisant pratiquement que ma cuisse droite et dans les descente je calme pour mon genou.
Si je continue comme cela j'arriverai peut être en 35 heures. Ce temps était finalement inconcevable avant la course car je m'étais basé sur le parcours de l'an dernier. Hors cette année, le Grand Raid est allongé de 6 km avec 300 mètres de dénivelé en plus. Et puis mon premier objectif est de la finir cette course !!

Dos d'Ane
Peu devant moi courent et la plupart s'arrêtent pour me laisser passer. D'autres un peu plus réticents m'oblige à passer dans les broussailles sur le côté du chemin. Ce passage sur la crête du cirque de Salazie porte bien son nom : " le dos d'âne ". On ne fait que monter et descendre. Plusieurs fois je me fais prendre au jeu et mon genou me rappelle de façon virulente qu'il faut que je le ménage.
Je double deux jeunes réunionnais qui nous avaient déposé dans la Roche Ecrite. Ils n'ont pas l'air très content à leur quelques phrases en créole. Ils me prennent aussitôt le pas et dans une des montées me laissent littéralement sur place. Pas question de les suivre, je continue à mon allure. Les kilomètres ne passent vraiment pas vite. Un poste de secours est planté au milieu de nulle part. Là on m'indique encore deux kilomètres avant le ravitaillement. Je suis perdu dans le nombre de ravitaillement qu'il reste ainsi que dans les kilomètres.
Je continue de descendre. Je trouve de moins en moins de concurrents. Dans une petite montée de marches je double un couple d'italien. Le petit ravito est enfin là. Je m'arrête peu. Un groupe de trois coureurs africain est là. Ils tentent de discuter avec les bénévoles en anglais. Le Grand Raid est vraiment international.
On m'annonce environ 18 kilomètres avant l'arrivée. Le moral est toujours au beau fixe. Je recalcule sans cesse mon temps à l'arrivée, passer sous les 35 heures devient vraiment réalisable. La plupart des concurrents que je double marchent ou trottinent légèrement, dont les deux jeunes réunionnais qui m'avait posé une mine. Les descentes de plus en plus pentues me gênent pour courir surtout qu'elles sont jonchées de racines.

L'avant dernier ravito
Un ravito, l'avant dernier, 14 km de l'arrivée. Je repars sur une grande route forestière. Je peux vraiment courir. J'essaye cependant de garder mes pulsations vers 135. Ce chemin, c'est vraiment le pied, je coupe les virages au mieux, j'en double deux, puis un autre…
Il y a une borne kilométrique, je regarde mon cardio. 6 minutes 02 s'écoulent jusqu'à la nouvelle borne. Je suis à 10 km/h après 125 kilomètres, que rêver de mieux. Je refais alors mes calculs. Et si ce grand chemin allait jusqu'à l'arrivée… J'arriverais peut-être en moins de 34 heures !!! Mais si c'est le cas il n'y aura personne à l'arrivée. Nathalie ne sera jamais là…
Encore une borne kilométrique, je garde l'allure, 6 min 05. Puis après un virage mon rêve s'écroule, on quitte la route forestière pour un tout petit chemin et en plus on remonte.
Mais le dernier ravitaillement de Colorado ne doit plus être loin, tout peine un ou deux kilomètres. Je suis de nouveau dans la forêt, aucune vue à l'horizon. Vingt minutes passent et toujours pas de ravitaillement en vue. Je monte des petits coup de cul puis redescend dans les racines. Là cela commence à devenir vraiment pénible. Je croise des promeneurs et je leur demande si Colorado est encore loin. Il m'indique encore deux kilomètres. Plus qu'une ou deux ravines à passer, sans doute.
Vingt minutes plus tard j'arrive enfin dans une clairière, Colorado n'est pas loin. Dans une petite montée, un photographe de l'organisation est là. Il prend deux trois photos et me souhaite bon courage pour la fin.

Colorado
Colorado est enfin là, dernier ravito et à cinq kilomètres du bonheur. Je sors le tee-shirt de l'organisation, obligatoire pour l'arrivée et repart. Je demande à quoi ressemble les cinq derniers kilomètres à un bénévole. Sa réponse me met un petit coup au moral, c'est technique avec des racines et des rochers. Il faut faire attention. Cette fois s'est sûr je ne ferai pas moins de 34 heures. Autant assurer et puis l'envie n'y est plus, je vais finir le Grand Raid.
Je suis avec un réunionnais. On parle un peu. Il a 49 ans, un fils qui a mon âge et deux petits enfants. Je lui dis qu'il a le bon âge pour faire le grand raid, il rigole. Mon genou me lance dans la descente ainsi que mes pieds qui semblent être talés. Je le laisse partir.
On est à quelques kilomètres de l'arrivée et toujours pas de vue de Saint Denis. Puis au détour d'un virage, je quitte la forêt pour surplomber la ville de Saint Denis et apercevoir en tout petit le stade de la Redoute. C'est pas possible encore tout cela à dévaler. Je double un réunionnais qui a pris deux branches d'arbres pour s'aider. Il peut à peine plier les jambes. Même moi je suis obligé de m'asseoir pour passer certains rochers.
La fin est proche, je regarde à nouveau mon cardio qui indique 33h48. L'objectif maintenant est de finir en moins de 34h30. Dans un passage, un anglais avec un appareil photo qui semble attendre un coureur m'indique que d'ici un quart d'heure j'aurai terminé. J'essaye alors d'en remettre un dernier petit coup. De nouveau un photographe de l'organisation. Le stade n'est plus très loin, on écoute les haut parleurs.

Dernier kilo
Je passe sous un pont. Moins de un kilomètre. Il y a une fille juste devant, je décide de me mettre avec elle pour finir. Je ne me voie pas passer la ligne tout seul. Depuis le début j'espérais la passer avec Nico. Je dois avouer que j'espérais même qu'il soit présent à l'arrivée, j'aurais ainsi été rassuré sur son état de santé même s'il avait abandonné. On discute un peu avec Nelly, c'est son sixième et dernier Grand Raid. Cette fois ci il était vraiment trop dure. 

L'arrivée
L'entrée du stade est là. Tout le monde vous applaudi, c'est vraiment super. On passe ensemble la première arche. Un petit tour du stade et c'est fini. Nelly me demande en combien de temps on est. Je lui répond 34h11. Elle me demande de finir en moins de 34h15, alors on accélère un peu pour les derniers 300 mètres. J'entend une voix connue qui m'appelle, c'est Dominique la femme de Gilles. On passe l'arrivée en 34h12min9s.

Heureux, soulagé. L'émotion est forte mais pas autant que je pouvais l'imaginé. Certainement cette arrivée seul, sans les autres comme se fut le cas l'an dernier au Templiers avec Nico et Ti'Bernard. Chantal m'appelle pour me prendre en photo. Je récupère ma médaille puis sort de l'aire d'arrivée.
Je retrouve Chantal puis Dominique qui me fait la bise et me félicite. Chantal me propose une bière que j'accepte avec grande joie. Je pose le sac et me pose par terre. Nathalie et Florence ne sont pas là comme je le craignais. Dominique me demande des nouvelles des autres gars. Je leur indique que tout va bien et qu'ils ne devraient pas tarder.
Nathalie arrive, en partie déçue de me voir déjà ici. J'apprends que Nico est repartie une heure après nous. Je ne me sens pas bien allongé sur le sol et préfère marcher un peu.
Et les autres…
Quelques minutes plus tard les filles s'exclament : " c'est eux !! ". Ce sont les deux Bernard et Gilles qui arrivent. Je me dirige vers l'aire d'arrivée. Ils ont l'air très bien. Le Grand Bernard semble avoir quelques larmes aux yeux. Je les félicite et les remercie. Ils sont très content de leur course, cinq heures de moins que leurs premières fois avec des kilomètres en plus.
Quelques temps plus tard c'est Jean pierre qui arrive avec quelques traces de fatigues. 
Florence est un peu inquiète, Nico n'est toujours pas pointé à Colorado. C'est au tour du troisième Bernard de nous rejoindre. Il nous indique qu'il a quitté Nico après la route forestière.
Les gars décident d'aller manger un petit cari. Je prend un sandwich et reste vers l'aire d'arrivée pour voir Nico. Le voici, en boitant. Il a l'air vraiment exténué. Il passe la ligne avec un geste de victoire. Sorti de l'aspect protocolaire, il se couche péniblement sur la pelouse du stade. Il a encore froid. Sa contracture s'est petit à petit transformée en déchirure l'obligeant à marcher tout du long pour terminer. Il avouera qu'il n'était pas question pour lui d'abandonner ce Grand Raid. Une leçon de courage !!!
Enfin Gilles D. arrive quelques minutes après Nico, pas mécontent d'en finir avec ce Grand Raid.
Merci !!!
J'apprendrai quelques minutes après ma place : 343 ème, ce qui était hors de mes espérances même si mon seul véritable but était de finir.
Ce temps et cette place je les dois à Gilles, Ti' et Grand Bernard et bien sur à Nico. ,pour nos entraînements, pour votre bon humeur, pour m'avoir emmené tout au long du parcours. Ils sont pas mauvais en lièvre ! Pour notre nuit inoubliable et pour votre rage d'en finir avec ce Grand Raid.
Un merci à Nathalie pour m'avoir supporté, dans tous les sens du terme, avant, pendant et après ce Grand Raid.
 

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